Actuellement, la fréquence du reflux gastro-oesophagien (RGO) en clinique pédiatrique pose la question de sa surmédicalisation : une enquête “un jour donné” dans les crèches des Yvelines a montré que 26% des enfants de 3 à 6 mois avaient au moins une mesure thérapeutique anti-reflux. Les auteurs, gastro-pédiatre et psychologue, témoignent de leur collaboration autour de cette pathologie dans un service de pédiatrie générale. A partir d'un état des lieux de cette maladie d'actualité et d'une revue critique des options pédiatriques et psychosomatiques en présence, ils esquissent des hypothèses sociologiques, psychopathologiques et thérapeutiques originales.
Indissociable de l’angoisse partagée des parents, des soignants face à la menace de la mort subite inexpliquée du nourrisson et obstacle à l’exigence culturelle d’un bébé parfait d'une médecine toute puissante, le RGO du nourrisson induit une vaine escalade des explorations somatiques et des traitements médicamenteux. Or, une observation pluridisciplinaire attentive suggère que ce trouble alimentaire précoce relève souvent du cadre plus générique d'un syndrome relationnel parents/bébé. Les anamnèses psychosomatiques des nourrissons présentant un RGO mettent fréquemment en exergue les liaisons dangereuses entre des identifications projectives pathologiques parentales et un refus d'incorporation du bébé d'un "lait-lien" toxique car impropre à la libidinalisation de sa fonction alimentaire. Enraciné dans un trouble de la parentalité et une dysharmonie relationnelle parents/bébé, le RGO est envisagé comme un mécanisme de défense psychosomatique très précoce du bébé sanctionnant son désinvestissement d'une fonction pare-excitante inopérante de son entourage. L'épuisement de cette stratégie défensive du nourrisson signerait la menace d'une dérive autocalmante de cet affect dépressif initial. Ces pistes de réflexion sont illustrées par un récit clinique détaillé illustrant la synergie de la thérapeutique pédiatrique et psychologique.