Recherches Action Périnatalité

Le premier chapitre de la vie

Une biographie qui débute le jour de l’accouchement est-elle sérieuse ? Non, pas plus qu’une anamnèse qui fait impasse sur l’histoire du sujet avant sa naissance. Après plusieurs décennies consacrées à la découverte des relations parents/bébé, le temps d’une psycho(patho)logie authentiquement périnatale est enfin venu. Pour la mettre en oeuvre, le chantier est bien avancé autour de l’enfant né et de son environnement ; a contrario, il reste fort à faire à l’égard du foetus et de son entourage.
Dans cette voie, la période prénatale mérite d’être considérée comme une double métamorphose progressive et interactive : celle du devenir parent et du devenir humain. On ne naît pas parent à la naissance du bébé, on le devient (processus de parentalité anténatal). Le fœtus ne naît pas humain, il le devient durant la grossesse (premières étapes de l’ontogenèse). L’espace utéro-placentaire est l’interface entre le fœtus et son environnement.
Cet entrecroisement de la nidification parentale et de la nidation fœtale est périlleux car il confronte à une inévitable incertitude sur l’issue oscillant entre le rien, la chose innommable, le monstrueux et le virtuellement humain.
Est ce que ces métamorphoses du premier chapitre habitent l’humain toute sa vie durant ? Pour esquisser une réponse, l’hypothèse psychanalytique d’une « relation d’objet virtuelle » est ici cliniquement explorée à partir de deux récits cliniques.

Mots-clefs :
Parentalité prénatale, interactions fœtus/environnement, relation d’objet virtuelle.

Entre agonie primitive du bébé et angoisse signal, la genèse de l’anticipation

L’auteur établit un état des lieux des modèles théoriques psychodynamiques disponibles pour étudier la complexité de la rencontre périnatale de l’anticipation naissante du nourrisson et des schèmes d’anticipation parentaux.
Ce panorama renforce l’hypothèse d’une ligne de développement intergénérationnelle située entre les polarités de « l’agonie primitive » et de « l’angoisse signal ». Elle correspondrait à la maturation d’un mécanisme de défense adaptatif visant à prévenir les effets désorganisants des dangers réels ou imaginaires. Son efficience individuelle s’imposerait comme indissociable de sa genèse intersubjective.
Face aux crises, l’histoire comportementale, émotionnelle et fantasmatique de l’anticipation serait mise à l’épreuve.
L’anticipation, inhérente au processus de parentalité et à l’épigenèse, mériterait donc d’être explorée en clinique périnatale comme un marqueur psychologique et psychopathologique pertinent.

Mots clés
: Anticipation ; Périnatalité ; Parentalité ; Interactions précoces ; Angoisse signal

Pour une démocratie périnatale

La genèse d’une autorité parentale contenante et créatrice s’enracine résolument dans la période périnatale, premier chapitre de la biographie vraie de l’individu. En anténatal, l’œuvre d’anticipation des parents est déterminante dans la négociation du statut d’humain en devenir de l’enfant virtuel. En post-partum, la dépendance tyrannique du bébé vient mettre la parentalité à l’épreuve dés les premières transactions.
En synergie avec les soignants de la maternité, du réseau, les consultations thérapeutiques pré et postnatales offrent un cadre propice à l’élaboration des avatars psychopathologiques de cette confrontation fondamentale propice à l’actualisation des conflits d’autorité des parents… et des professionnels.

Mots-clés
: Autorité, parentalité, grossesse, post-partum, consultation thérapeutique.

Aux commencements, la douleur ?

La naissance est indissociable de la douleur. En clinique périnatale, deux vivantes mythologies expriment cette primauté inaugurale : l'une, biblique, actualise la douleur maternelle de l'accouchement, l'autre, psychanalytique, la détresse (hilflosigkeit) du nourrisson.
De fait, la douleur brute du "devenir parent" et du "naître humain" est, pour le meilleur et pour le pire, synonyme de crise. Favorable, c'est un nid propice à la genèse de l'angoisse (signal), promesse d'objectalité et de culture. Délétère, car privée de sa fonction d'étayage, sa violence traumatique est une ennemie redoutable de la créativité virtuelle des processus de parentalité et de séparation-individuation.
Témoignant d'une collaboration pluridisciplinaire à la maternité, une histoire clinique souligne l’intrication dialectique de ces douleurs de vie et de mort.
Ce parcours singulier permet finalement de mettre l’accent sur la fécondité du paradoxe de l'anticipation de la douleur de l'accouchement : elle risque d'isoler mais c’est dans cette vulnérabilité, que s’originent l’ouverture à l'autre et la clinique des origines.

Mots-clés : Douleurs de l'accouchement ; Angoisses maternelles prénatales ; Préparation à la naissance ; Parentalité ; Narrativité.

Incertitude, anticipation et résilience

L’auteur plaide en faveur d’une clinique de la résilience de deuxième génération fondée sur l’autocritique du fantasme organisateur d’invulnérabilité radicale des propositions théoriques initiales. Le dépassement de cette position naïve permet de jeter les bases d’une psychologie et d’une psychopathologie de la résilience. Un récit clinique tente de montrer combien le potentiel de résilience du sujet se constitue dans le nid groupal périnatal. Dans cette spirale transactionnelle du devenir parent, du naître humain et de l’être soignant, le mécanisme de défense de l’anticipation (au sens non comportementaliste du psychanalyste E. Vaillant) joue un rôle essentiel. Finalement, l’auteur parle de résilience de vie et de résilience de mort pour mieux cerner non pas la résilience mais bien les résiliences.

Mots-clefs : Résilience ; Périnatalité ; Anticipation

Diagnostic anténatal, échographie obstétricale et périnatalité

Pour devenir un espace de prévention pluridiciplinaire, le diagnostic anténatal en général et l’échographie obstétricale en particulier invitent au dépassement du clivage entre spécialistes du soma et de la psyché à la maternité.
Dans sa pratique coutumière, le cadre échographique joue désormais un rôle sensible dans l’évolution du processus de parentalité. Il induit une effusion psychique parentale en amplifiant les conflits inhérents au processus de parentalité prénatal. Lors de cette rencontre, parents et professionnels sont dans une étroite intersubjectivité. La menace ou la confirmation d’une anomalie fœtale, pouvant déboucher sur une IMG, donne une tonalité potentiellement tragique à cette démarche échographique de diagnostic anténétal.
Dans ce contexte de créativité et de vulnérabilité, l’échographiste est un médiateur/traducteur. À cette place, il peut favoriser la potentialité structurante de cet examen mais, tout autant, en stigmatiser la valence désorganisatrice.

Mots-clefs : Diagnostic anténatal, échographie obstéricale, IMG, parentalité

Introduction aux connaissances de la psychologie clinique fœtale.

Depuis la fin du deuxième millénaire dans de nombreux pays industrialisés, les progrès technologiques mis au service du diagnostic anténatal expose publiquement un nouvel acteur : le fœtus, resté jusque là en occident dans l’intimité du sein maternel à l’abris d’une invisibilité sacrée.
Cette médicalisation grandissante de la grossesse maternelle et la personnalisation du fœtus s’accompagnent d’un constant risque de déshumanisation et de scientisme iatrogènes des soins. Indissociable de son enracinement interdisciplinaire et du dialogue entre « somaticiens » et « psychistes », la psychologie clinique fœtale a pour objet privilégié ce paradoxe et ses multiples tensions éthico-cliniques quotidiennes.
Dans sa phase émergente, la psychologie clinique fœtale s’organise autour de trois espaces/temps de rencontre emblématiques : la dialectique du devenir parent et du naître humain ; les procédures médicales de la grossesse en général et le diagnostic anténatal en particulier ; les consultations thérapeutiques anténatales. Les enjeux théoriques, cliniques, institutionnels et éthiques des deux premiers éléments de ce tryptique sont ici explorés (la consultation thérapeutique prénatale fait l’objet d’un autre article).
Au final, la psychologie clinique fœtale revendique aujourd’hui un fort potentiel heuristique en périnatalité mais, pas seulement : tous les âges de la vie bénéficieront à l’avenir d’une anamnèse attentive de ce premier chapitre anténatal au cœur du fonctionnement biopsychique du sujet et de ses échanges relationnels toute sa vie durant.

Mots clefs : Fœtus, grossesse, parentalité, diagnostic anténatal.

Prédiction et anticipation de la dynamique du grandir chez l’enfant

Mots-clefs : Prévention, anticipation, incertitude, développement de l'enfant.

Grossesse, stress et psychanalyse. Un débat primordial

Au vif de la construction interdisciplinaire des réseaux de prévention et de soins en périnatalité, l’exploration du croisement entre stress et grossesse occupe actuellement une place grandissante. Là où la théorie du stress progresse au quotidien de la rencontre clinique et dans la recherche, la psychopathologie psychanalytique de l’angoisse régresse souvent. Au-delà de la polémique, l’auteur s’interroge sur les conditions d’un véritable débat entre les modèles du stress et de l’angoisse dans le contexte périnatal.

Dans cet esprit, des « correspondances » cliniques entre ces deux paradigmes sont d’abord envisagées autour de la clinique du diagnostic anténatal et des angoisses de malformation. Secondairement, les théories de la « pensée opératoire » de l’école de psychosomatique de Paris et de la « transparence psychique » de la grossesse de M. Bydlowski sont revisitées à la lumière de cette double perspective.

In fine, ce débat s’impose comme un enjeu épistémologique et clinique majeur et invite à un approfondissement interdisciplinaire des « correspondances » ici esquissées.

Mots-clefs : grossesse, stress, angoisse.

Interview d'Alice DOUMIC-GIRARD

Le nom d’Alice Doumic est étroitement associé pour moi, de longue date, à ceux de Robert Debré, son maître, immense figure humaine, pionnier de la pédiatrie, esprit toujours curieux de découvrir et de préparer l’avenir, que j’ai eu la grande chance de connaître de 1970 jusqu’à sa disparition en 1978, et de Pierre Mâle, clinicien hors-pair de l’adolescence qui a grandement contribué à mon intérêt pour ce groupe d’âge, ayant pu, comme externe, assister à quelques-unes de ses consultations à Sainte-Anne.
Avec le premier, après qu’il a eu guidé ses premiers pas en médecine, elle a souvent travaillé et s’est penchée sur les troubles du sommeil du tout-petit, cherchant la clé de ces dysfonctionnements précoces dans l’articulation du psychique et du somatique. Avec le second, psychothérapeute d’adolescents, elle conforta son expérience du bébé, préfigurant les échanges ultérieurs que nous connaissons à présent comme particulièrement fructueux entre professionnels de ces âges dans lesquels les changements physiologiques sont largement décalés par rapport au niveau de maturation psycho-affective.

Nonagénaire, avec une vivacité d’esprit intacte, elle a d’emblée accepté la proposition d’une interview permettant de témoigner de la construction d’un parcours et d’un intérêt professionnel au service des bébés, comme pédiatre autant que comme psychanalyste. Elle nous a reçus chez elle, Sylvain Missonnier (que je remercie chaleureusement d’avoir accepté de participer à cette aventure) et moi-même, là où de nombreux bébés – et de nombreux parents ! – lui durent un sommeil plus paisible. Grande clinicienne du tout-petit, dotée d’une  empathie particulière à l’égard des bébés, elle nous permet de mesurer les étapes parcourues dans la prise en charge de cet âge, mais aussi la constance irremplaçable d’une attention à l’autre et de capacités d’identification suffisantes pour une pratique exigeante que l’avalanche de protocoles, de codifications et de contraintes technocratiques rend d’autant plus précieuses.
Patrice Huerre

Le fantôme de l'Atlantide intime. Réduction embryonnaire et deuil périnatal

Est ce que ces métamorphoses du premier chapitre habitent l’humain toute sa vie durant ? Pour esquisser une réponse, l’hypothèse psychanalytique d’une « relation d’objet virtuelle utérine » est ici cliniquement explorée à partir du récit clinique du deuil familial d’un fantôme de l’Atlantide intime.

Mots-clefs : parentalité prénatale, réduction embryonnaire, deuil périnatal, relation d'objet virtuelle utérine

S. Staraci, S. Missonnier et coll., Devenir d'une survivance prénatale dans le cas du syndrome transfuseur - transfusé

Cet article a pour objectif de connaître le devenir de 58 familles (58 jumeaux et 29 singletons), six ans après le diagnostic anténatal d’un syndrome transfuseur-transfusé (STT). La recherche comprenait un entretien clinique avec les parents et un bilan psychologique avec les enfants (WISC-IV, dessin du bonhomme, dessin de la famille et CAT). Les résultats indiquent que 73 % des enfants ont un QI total dans la moyenne. Pour le test du dessin du bonhomme, 52 % des enfants ont des résultats en dessous de leur classe d’âge. L’analyse du CAT révèle majoritairement une inhibition de la pensée qui peut être corrélée avec la menace de mort qui a pesé sur le nid prénatal par la présence du STT. L’analyse du contenu des entretiens a montré que le STT s’inscrit comme le premier chapitre de l’histoire de ces enfants. Il amène une différenciation précoce entre les jumeaux. Il fait également partie des éléments de l’histoire familiale et a une influence sur la relation parents/enfants. Pour les familles de singletons, la place qu’occupe le jumeau décédé pour le jumeau vivant est inséparable de l’élaboration du deuil des parents.

Déni et négation de grossesse : des plans de clivage pluriels ?

« Là où apparaît une cassure ou une fissure, il peut y avoir, normalement, une articulation. »
Freud S., (1932), Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1984.

Anticipation, angoisse signal et parentalité

« Le cerveau sert à prédire le futur, à anticiper les conséquences de l’action (la sienne propre ou celle des autres), à gagner du temps. »
Alain Berthoz, 1997
« Penser c’est-à-dire représenter et anticiper l’autre serait un véritable mécanisme régulateur de l’activité mentale et de l’action, dans la mesure où elles s’adressent à autrui. Un tel mécanisme pourrait jouer un rôle essentiel dans le développement psychique de l’enfant dès les premières interactions et être un processus clef du développement du langage. »
Nicolas Georgieff, 1999
« Le futur est l’anticipation de ce que demain sera, anticipation toujours aléatoire dans la mesure où ce que je cherche à faire advenir se trouvera contrarié par l’irruption de l’imprévu. L’ambiguïté du futur vient donc de ce qu’il est tout à la fois gros du présent et du passé, et radicalement différent d’eux, laissant lorsqu’il s’actualise libre cours à l’inédit. »
Jean-Pierre Boutinet, 1990
« Il faut sans doute admettre que les femmes enceintes qui ont pris conscience de leur état commencent à parler pour le témoin intime qu’elles portent dans leur
corps, mais aussi, d’une certaine manière, directement à son intention. Lorsque la nouvelle d’une grossesse a pour une femme une tonalité positive, se développe dans son attitude une trame de tendres anticipations de la coexistence avec la
nouvelle vie, et les mères commencent à se comporter comme si elles étaient désormais placées sous observation discrète. Pour celui ou celle qui joue en elle le rôle de témoin, elles se maintiennent un peu plus que d’habitude – elles s’écoutent parler plus clairement, elles se sentent responsables de leurs humeurs et de leurs succès dans la vie, et elles savent que, pour leur part, elles ne sont pas une condition secondaire et indifférente pour la réussite de la vie à venir. »
Peter Sloterdijk, 1998.

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